J'ai
vécu plusieurs années à Venise dans un très
beau palais sur le grand canal et l'obsession d'en faire une peinture
m'a marqué plus longtemps encore. Mais je trouvais que
l'expression contemporaine n'avait jamais réussi à
capter quelque chose de cet endroit magique sans tomber dans l'exotisme
facile ou la vulgarité. ( Turner et Monet furent les derniers
beaux regards sur la cité lagunaire). Pour éviter
toutes ces écueils, j'ai eu recours à la théâtralité
d'une Venise qui n'existait pas, qui serait mon lieu mental avec
toutes ses ouvertures peuplées de spectres qui contemplent
dans « Venise la Rouge » une gondole immobile
et déserte. Un bouquet lointain éclairant brièvement
la fin de la fête. |