L'historien de l'art méditant sur l'âge d'or du paysage classique français
précédent
suivant
fermer
 
L'historien de l'art méditant sur l'âge d'or du paysage classique français
150 x 225 cm. 2005, huile sur toile
 

L'idée du paysage idéal ou « composé » me hantait depuis le temps où j'avais perçu Poussin comme une figure poétique majeure et les paysagistes italo-français du XVII° siècle comme les représentants d'un âge d'or de la peinture.

Cette culture, cet idéal classique, ce mariage céleste de la géométrie et du spirituel, cet équilibre entre sensualité et rigueur - toutes choses qui ont déserté le champ de l'art - furent les pierres angulaires de ma réflexion pour cette toile qui, pour paraître trop intellectuelle, ne m'a jamais fait oublier la finalité de ce rêve d'art - la délectation - mot poussinien par excellence, qui me place définitivement en marge des tendances actuelles.
Or, depuis cet Olympe de la pensée peinte, de ruptures en réactions, qu'a perdu ou gagné l'art jusqu'à nos jours ? Malgré le développement pléthorique de thèses sur cette interrogation, je veux bien être le dernier à tenir les pinceaux pour exprimer ces regrets ou ces pertes.

Aborder cette problématique en peintre m'a donc amené à choisir une sorte de savant passeur - authentique historien de l'art du XVII° siècle dont la spécialité - le portrait - l'exposait malicieusement à ma démarche. Sa situation théâtrale - par son premier plan et la particularité de son éclairage - contraint le spectateur en osmose à ralentir le temps pour errer dans cette Arcadie mentale avec lui.
Ses yeux lancent une section d'or vers les sommets de la vasque et de la pyramide qui projette ce rapport verticalement vers le sommet de la glorieuse coupole. Mais l'axe principal de la méditation est une grande diagonale qui passe par la vasque, le tombeau puis le palais de l'esprit avant de finir sur l'Olympe.
La mort, centre de la configuration élégiaque, le savoir, l'écoulement du temps, la précarité du bonheur, la cité idéale, les eaux calmes et nourricières, le couple d'arbres, le sombre animal reflétant le côté négatif de nos entreprises, évoquent la perte d'un théâtre de la pensée où l'homme dialoguait avec le monde.

Je voulais enfin, tel Poussin exposant ses intentions à ses commanditaires, déployer une rhétorique simple et chaleureuse, mais la mélancolie crépusculaire qui nimbe la toile où l'orage vient de passer vous dit que peindre maintenant est plus désespérant qu'au XVII° siècle.