L'idée du paysage idéal
ou « composé » me hantait depuis le temps
où j'avais perçu Poussin comme une figure poétique
majeure et les paysagistes italo-français du XVII°
siècle comme les représentants d'un âge
d'or de la peinture.
Cette culture, cet idéal classique,
ce mariage céleste de la géométrie et du
spirituel, cet équilibre entre sensualité et rigueur
- toutes choses qui ont déserté le champ de l'art
- furent les pierres angulaires de ma réflexion pour
cette toile qui, pour paraître trop intellectuelle, ne
m'a jamais fait oublier la finalité de ce rêve
d'art - la délectation - mot poussinien par excellence,
qui me place définitivement en marge des tendances actuelles.
Or, depuis cet Olympe de la pensée peinte, de ruptures
en réactions, qu'a perdu ou gagné l'art jusqu'à
nos jours ? Malgré le développement pléthorique
de thèses sur cette interrogation, je veux bien être
le dernier à tenir les pinceaux pour exprimer ces regrets
ou ces pertes.
Aborder cette problématique en
peintre m'a donc amené à choisir une sorte de
savant passeur - authentique historien de l'art du XVII°
siècle dont la spécialité - le portrait
- l'exposait malicieusement à ma démarche. Sa
situation théâtrale - par son premier plan et la
particularité de son éclairage - contraint le
spectateur en osmose à ralentir le temps pour errer dans
cette Arcadie mentale avec lui.
Ses yeux lancent une section d'or vers les sommets de la vasque
et de la pyramide qui projette ce rapport verticalement vers
le sommet de la glorieuse coupole. Mais l'axe principal de la
méditation est une grande diagonale qui passe par la
vasque, le tombeau puis le palais de l'esprit avant de finir
sur l'Olympe.
La mort, centre de la configuration élégiaque,
le savoir, l'écoulement du temps, la précarité
du bonheur, la cité idéale, les eaux calmes et
nourricières, le couple d'arbres, le sombre animal reflétant
le côté négatif de nos entreprises, évoquent
la perte d'un théâtre de la pensée où
l'homme dialoguait avec le monde.
Je voulais enfin, tel Poussin exposant
ses intentions à ses commanditaires, déployer
une rhétorique simple et chaleureuse, mais la mélancolie
crépusculaire qui nimbe la toile où l'orage vient
de passer vous dit que peindre maintenant est plus désespérant
qu'au XVII° siècle.
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